Colli Euganei

 

Texte et photos de Maura 2003

 

Mois de juin: trop chaud pour survivre en ville jusqu'aux vacances d'été… il faut s'enfuir de chez nous ce ne fut que pour un week end seulement !
Départ dans l'après midi de vendredi très tard, comme d'habitude, et direction est vers la mer ou presque ! L'autoroute est encore bourrée de tir et la chaleur et le bruit de la circulation intense nous dérangent trop : à Verona on sort et on prend la voie rapide Transpolesana qui traverse la plaine Padana jusqu'à Rovigo et qui , heureusement est plutôt vide et tranquille… la chaleur persiste mais on peut tolérer ! C'est beaucoup tard, où peut-on aller pour se rafraîchir un peu ? Un regard à la carte routière et rapide sortie à Legnago , direction Colli Euganei  : ce sont des collines isolées au beau milieu de la plaine… peut être il y aura là-bas un air plus frais et agréable !
La route N10 passe pour Bevilacqua avec son beau château et ensuite Montagnana  : le profil de ses remparts médiévaux, intacts, qui renferment le magnifique vieux bourg, nous donnent une vision de rêve… mais il faut faire le tour complet des remparts pour trouver l'aire pour ccars : vision tout à fait différente! Il s'agit d'un parking, entouré de murs de ciment, d'usines, avec eau, électricité et vidange mais l'air est plutôt de champ pour nomades… fin du rêve! La ville vaut absolument la visite mais heureusement on la connaît déjà et comme l'aire est déserte on préfère se diriger ailleurs.

Peu avant, Battaglia Terme nous accueille avec son agréable aire, près du village, ombragée, aménagée et tout prés d'une aire de pique-nique…très populaire chez la jeunesse locale…mais le bruit ne dure pas longtemps comme on pouvait craindre et la soirée sera tout à fait tranquille et fraîche…vivement !

Le matin suivant, on poursuit sur la petite route pour Galzignano Terme qui traverse les Colli Euganei et on plonge tout de suite dans le vert : végétation luxuriante, vignobles, châtaigniers, oliviers, villas anciennes et modernes…ces collines d'origine volcanique qui se dressent au beau milieu de la plaine ensoleillée ont été depuis toujours une ressource et un refuge !

On arrive à Arquà Petrarca  : le grand poète italien qui vécut longtemps en Provence, y passa ses dernières années et mourut dans sa maison qu'on peut encore visiter. Le bourg fait partie de l'association «  I borghi più belli d'Italia  » et vaut le détour pour son ambiance médiévale et son doux panorama sur les vignobles. Beau et confortable parking à la base du village.

On continue sur la route et, après un virage, une étrange vision : un somptueux embarcadère baroque…sur la colline !

Ce n'est que l'entrée d'un magnifique Giardino d'epoca (ancien jardin, conservé et entretenu comme à l'époque de sa construction), celui de Valsanzibio .

On entre sans doute (c'est payant) et c'est un défilé de fontaines, viviers, statues allégoriques, jeux d'eau et flore très soignée…le tout gardé comme dans le projet original du XVII siècle grâce aux nobles familles de propriétaires qui se sont succédé. Ce jardin monumental est conçu en cote par des magnifiques escaliers qui symbolisent « la montée de l'homme vers le Salut de l'âme » .
Le départ de ce chemin étant l'embarcadère même car à cette époque une partie de la plaine aux pieds des Colli Euganei était un marais destiné à la pêche et on arrivait ici …en bateau ! C' était la « valle di pesca di Sant'Eusebio » d'où… Valsanzibio en dialecte local . Maintenant il ne reste qu'un petit plan d'eau devant l'embarcadère.
On reprend la route et on arrive à Monselice qui nous accueille avec un tranquille parking pour ccar et voitures (payant) près des anciennes carrières de silex ( pavé) d'où le nom de la ville ! Très pratique aussi et juste à coté (non payant) le grand parking au dessous du château, ombragé, avec illumination et très tranquille.
Tout d'un coup on est frappé par un « raptus » sportif-salutiste et on descend nos vélos de la soute arrière du ccar pour une visite de la ville qui est très intéressante. Et pourquoi ne pas arriver jusqu'à Este ? dit , avec nonchalance, mon mari : enfin c'est 20 km allé et retour…on peut le faire ! Si, si, si…pas de quoi, tout en plaine…mais,malgré le samedi matin, la circulation sur cette route est folle ! Un bruit intolérable ! Et quel stress ! En grognant et en fatiguant on arrive enfin à Este : cela valait la peine !
Un magnifique château entouré d'une enceinte presque complète qui grimpe sur la colline nous récompense de toute fatigue. A l'intérieur un beau parc public bien soigné et, loin du bruit terrible de la circulation, on va doucement à la découverte du vieux bourg en briques rouges avec ses beaux palais et ses belles places

Retour au ccar et descente (vivement!) des vélos…j'ai du mal à me tenir debout ! Un bon repas me remet en place mais donne le coup de grâce à mon mari qui, à présent, n'a pas l'air de pouvoir conduire qui que ce soit…donc c'est moi qui conduirai équipage et véhicule jusqu'au vieux petit port de pêche de Gorino en plein Delta du Po .

Jusqu'à présent je n'ai pas fait trop de publicité à ce délicieux coin de paradis, mais depuis peu de temps , et sagement, on a introduit un tourisme de qualité dans la zone avec l'aménagement d'un petit port pour les bateaux qui font le tour du Delta et d'un parcours sur l'ancienne digue de mer qui porte au phare de Goro et mon secret et devenu comme celui de …Pulcinella !

Il s'agit toutefois d'une promenade dans la nature bien appréciée surtout par les naturalistes et les birdwachters mais toujours très instructive pour tous ! Il y a aussi une aire, payante en saison, pour ccar très tranquille et agréable…quoi de plus ?

Le soleil étant encore haut dans le ciel, abandonnée bien évidemment l'idée du vélo, on fera une magnifique promenade jusqu'au phare, bord de mer, en profitant de la lumière et des heures les plus propices pour observer la nature et les oiseaux de la lagune…quel spectacle !

Quelques 8 km. de marche ,allée et retour, nous donneront l'alibi pour un repas gourmand et un peu…coupable !

Le matin suivant le chant des oiseux nous donne un doux réveil et la vision du grand fleuve encore recouvert de brume légère…m'empêche de m'apercevoir de mes douleurs répandus un peu partout dans mon corps ! C'est avec un gémissement désespéré que je vois mon cher époux descendre encore une fois nos vélos de la soute…oh, non !! Bon courage Maura …serre les dents et pédale !
On monte tout de suite sur la digue droite du Po di Goro ( interdite aux voitures !) en direction Goro , port de pêche très important du Delta à 7 km. environs.

 

Le panorama est magnifique, la digue est au niveau des eaux du fleuve mais bien au dessus de la plaine cultivée et l'on peut admirer d'un coté la nature des rives de cette branche du Po et de l'autre coté celle des champs cultivés au dessous. J'oublie tout de suite mes douleurs et j'ai du mal à me débrouiller avec mes jumelles et mon appareil photo sur mon vélo car j'ai hâte de tout voir et de tout photographier !

La promenade est très agréable et presque infinie car je constate avec joie que de plus en plus ces anciennes digues vont devenir des magnifiques pistes à vélos, bien entretenues, signalées et goudronnées.

On peut parcourir comme ça presque tout le Delta et c'est sans doute la façon la meilleure pour découvrir ce charmant Parc Naturel .

Magnifique balade mais on doit rentrer chez soi et on reprend la route : encore une fois c'est moi qui conduit, mon époux se déclare trop fatigué…le gars!

Pour éviter la circulation des routes nationales et comme ,pour une fois, il n'est pas trop tard je vais refaire l'itinéraire d'hier en pleine Bassa Ferrarese  : Goro, Bosco Mesola, Jolanda di Savoia, Copparo , Polesella ,champs cultivés et fossés bordés de roseaux et de magnifiques lis d'eau jaunes.

Près de Rovigo je reprend la voie rapide Transpolesana N 434 , direction Verona, mais tout de suite je sors à Fratta Polesine pour retrouver le plaisir d'admirer la belle villa Badoer , dessinée par le Palladio en 1570, avec sa majestueuse entrée sur le canal comme beaucoup d'autres magnifiques villas que les riches et les nobles Vénitiens faisaient construire pendant ces années pour y passer les vacances ( villeggiatura). Les villas les plus somptueuses et fameuses étant long le canal Brenta près de Venise .
Quelques kilomètres avant, nouvelle halte à Lendinara surprenante petite ville avec un grand nombre de palais baroques et renaissance, églises et jardins long le fleuve Adigetto. On se gare bord de la rivière dans le silence et le chaud de la plaine, devant une belle église baroque en briques rouges...et c'est le dépaysement le plus total ! On prend notre repas entourés par une étrange atmosphère suspendue et silencieuse : on est bord de rue mais aucune voiture passe…une merveille ! à se demander dans quelle époque on est plongé !
On reprend la route vers Badia Polesine à la recherche d'une ancienne  abbaye, celle de Vangadizza remontante au X ème siècle, comme dit un panneau touristique sur la route. Dommage que tout est fermé…pour manque de gardien !! Il ne nous reste que donner un regard, à travers la grille d'entrée, au vieux clocher penchant du XII ème siècle et à une partie du cloître.

On repart (toujours moi qui conduis !) en se demandant combien de monuments en Italie sont dans la même situation : cela vaut mieux de ne pas le savoir !

Retour sur la Transpolesana vers Legnago , après la N10 vers Mantova  : ça fait beaucoup qu'on ne visite pas cette magnifique ville, siège du royaume des Gonzaga, aux grands monuments du moyen age et de la renaissance ! Enfin je file sur la N236 pour Castiglione delle Stiviere jusqu'à Brescia…le tout sans un seul kilomètre d'autoroute. Je remarque aussi que j'ai employé un temps comparable au parcours par autoroute et voila le commentaire malin de mon doux époux : « Très bien, dorénavant la conduite du camion c'est à toi ! » …je crains d'avoir commis une erreur, ou non ?

 

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